arabidopsis

Que vient faire cette mauvaise herbe squelettique aux fleurs insignifiantes dans cette galerie de portraits aux qualités esthétiques certaines?
Et bien, c'est pour lui rendre hommage qu'elle figure ici en tant que plante-modèle, plante-cobaye ou plante -martyr de la science, chacun pourra retenir le terme qu'il préfère.

L'arbidopsis thaliama, c'est ainsi qu'on la nomme dans le jargon des laboratoires, est utilisée à grande échelle, notamment par les généticiens, en vue de mettre au point des transferts de gènes, l'opération est une transgénèse et la plante obtenue, s'il y a eu réussite, est dite transgénique ; c'est alors donc une plante génétiquement modifiée : un O G M (organisme génétiquement modifié).

Pourquoi avoir choisi l'arabette? Tout simplement parce c'est la plante dont le génome est le mieux connu.
On appelle génome l'ensemble des gènes que renferme chaque cellule d'un être vivant ; cette plante en possède plusieurs milliers (environ 40 000 pour l'homme), pour simplifier, il s'agit du plan de construction de l'organisme. Un gène est un genre de programme qui sert en général à commander la fabrication d'une protéine. 
L'arabidopsis présente le double avantage d'être très facile à cultiver et d'avoir un génome bien plus petit donc plus facile à étudier que le blé, le  maïs, etc.

Il se trouve que les gènes des microbes, des animaux et des végétaux sont " écrits", dans l'ADN des chromosomes, avec le même "alphabet". Un gène humain peut donc être "lu" et théoriquement exécuté, (puisqu'il s'agit d'un programme), par des cellules de betterave par exemple.
Cette paricularité ouvre un champ infini de possibilités de transfert de gènes, d'une plante à une autre plante, d'une plante à un animal, d'un animal à un autre, homme compris! 
On réalise vite que ce genre d'interventions sur le patrimoine génétique d'une espèce pose beaucoup de problèmes d'éthique.
Nous avons, bien sûr, trop peu de recul pour pouvoir juger des conséquences à long terme (la première plante transgénique a vu le jour en 1983 seulement); la plus grande prudence s'impose donc.

En attendant, les chercheurs en génétique moléculaire pratiquent la transgénèse sur des organismes toujours plus nombreux ; leur objectif est de :
- rendre la culture d'une plante plus facile en améliorant sa résistance aux parasites, à la sécheresse, au froid, aux herbicides, etc....
- augmenter l'intérêt alimentaire d'une plante ou d'un animal par la neutralisation de la production d'un produit indésirable, par l'augmentation de la production d'un produit utile ou par la fabrication d'un nouveau produit qui était naturellement élaboré par une autre espèce d'être vivant.
- faire produire par une plante, un animal ou un microbe, une substance utile à l'homme : médicament, composant humain qui fait défaut à certains malades (hormone, anticorps, hémoglobine..), matières premières pour certaines industries (amidon, cellulose, acides gras, polymères). Dans ce domaine, il faut savoir que c'est grâce à des animaux transgéniques, auxquels on a communiqué des maladies humaines, que la recherche médicale peut plus facilement mettre au point des techniques thérapeutiques.

Nous voyons donc que c'est seulement pour son propre intérêt que l'homme modifie le patrimoine génétique des autres espèces ; depuis quelques années, des OGM sont donc cultivés ou élevés, donc consommés et les réglementations entre les divers pays ne sont pas harmonisés.

Revenons à notre arabidopsis, elle est donc cultivée à grande échelle dans des milieux stériles et des récipients en verre (culture in-vitro), des fragments prélevés aux extrémités de ses pousses sont souvent suffisants.
L'introduction de gènes étrangers dans ses cellules peut se faire de plusieurs façons : en utilisant un microbe, de l'électricité qui fera apparaître des portes d'entrée ou bien par la manière forte grâce à un canon à ADN qui tire des micro-billes métalliques enrobées d'ADN!

Il ne faut pas croire que ces expériences" marchent à tous les coups", il y a plusieurs milliers de ratées pour une seule réussite. Il faut donc pratiquer l'opération sur des centaines de sujets à la fois et trouver un moyen d'éliminer ceux qui ne sont pas transgéniques. La solution la plus répandue consiste à associer au gène à transférer, celui de la résistance à un antibiotique (la kanamicine par exemple).Il suffit alors de traiter les cultures de jeunes plants avec ce produit, si la plante a incorporé les nouveaux gènes, elle résiste à l'antibiotique donc survit, si la transgénèse a raté, l'antibiotique la tue.

Résultat :de telles plantes transgéniques portent le gène de résistance à un antibiotique et rien ne prouve que ce gène ne puisse pas "voyager", par exemple être transmis à des microbes nocifs pour l'homme.
On voit donc ici une des nombreuses questions que soulève cette technique de biotechnologie moléculaire, il y en a évidemment beaucoup d'autres et les réponses ne seront connues avec certitude que bien plus tard ; il ne faut donc pas s'avancer inconsidérément dans l'inconnu sans de longues études des conséquences.

L'arabidopsis est une crucifère comme le chou ou le colza ; il existe tout de même des espèces décoratives voisines, telles que les arabis (alpina,arenosa, procurrens......), ce sont des plantes vivaces fleurissant au printemps et parfois à nouveau en été, leurs fleurs ont des coloris variés et elles conviennent parfaitement pour les rocailles , les bordures ou les murets.

Plantes d'avril 2002
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